24/12/2011

Lettre ouverte aux Députés et Sénateurs de la République Française

Lettre ouverte aux Députés et Sénateurs de la République Française

Mesdames, Messieurs,

le 22 décembre prochain, l'Assemblée Nationale examinera un projet de loi « sur la lutte contre le racisme et sur la répression de la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi ». Nos amis turcs y voient une attaque très hostile, stigmatisant le génocide arménien (loi du 29 janvier 2001), « visant directement la République Turque, le peuple turc et la communauté turque vivant en France ». Si ce texte est approuvé, une crise sérieuse aux conséquences politiques, économiques et culturelles « irréparables » viendra ternir les relations bi-latérales amicales entre la France et la Turquie.

Nous sommes un réseau très ancien de Lycées Franco-Turcs, créés bien avant la naissance de la République Turque en 1923. Avec nos écoles primaires et collèges associés, nous scolarisons chaque année 6000 jeunes turcs, dans un projet pédagogique bi-culturel. Ce réseau est au service des intérêts culturels et économiques de la Turquie et de la France, au service du dialogue des cultures et des religions différentes, dans le respect de chacun et du principe de laïcité. Ce réseau apporte à la France une diffusion exceptionnelle de la culture et de la langue françaises. Nos interlocuteurs administratifs et politiques à Ankara nous citent volontiers Voltaire et le Siècle des Lumières et ne peuvent comprendre que la France, patrie des droits de l'homme et de la liberté d'expression, s'engage dans cette voie. Nous sommes d'ardents promoteurs de la Francophonie et de l'influence de la France dans cette région du monde, si importante géo-stratégiquement en ce début du XXIè siècle. Pourquoi mettre en danger cette réalité si fructueuse pour les deux pays ?

La France et la Turquie sont des partenaires économiques majeurs, compte tenu du volume des échanges commerciaux (12 milliards d'€) et du montant des investissements français en Turquie (15 Milliards de $). La Turquie est la 3è destination mondiale des exportations françaises, hors UE et Suisse, et cela représente 100 000 emplois induits. Pourquoi mettre en danger cette réalité si fructueuse pour les deux pays ?

Nos amis turcs modérés nous interrogent : Est-ce aux politiques d'interpréter l'histoire ?

Les historiens français ne s'opposent-ils pas à ces lois mémorielles ? N'est-ce pas le bon sens de laisser travailler les commissions de spécialistes compétents ? Ce texte amène-t-il la paix ou l'exacerbation des passions ? N'est-ce pas d'abord à la Turquie et à l'Arménie de travailler ensemble sur ces événements si douloureux ? La France est-elle si claire avec tous les épisodes de sa propre histoire qu'elle puisse « faire la morale » aux autres ?

Mesdames et Messieurs, nous vous demandons de ne pas voter ce texte qui nous semble une erreur politique aux conséquences néfastes et imprévisibles,

Jacques Augereau, Directeur du Lycée Saint-Michel d'Istanbul

Yann de Lansalut, Directeur du Lycée Notre Dame de Sion d'Istanbul

Pierre Gentric, Directeur du Lycée Sainte-Pulchérie d'Istanbul

Élisabeth Maire, Directrice du Lycée Saint-Joseph d'Izmir

Jean-Michel Tricart, Directeur du Lycée Saint-Joseph d'Istanbul

Luc Vogin, Directeur du Lycée Saint-Benoît d'Istanbul

11:23 Publié dans Politique | Tags : lettre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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